|
Blaise Pascal

Les pensées
1) In de zeventiende eeuw stond de kerk zeer
afwijzend tegenover het theater. Wat is
volgens Pascal het grote gevaar van de comedie?
11
Tous les grands divertissements
sont dangereux pour la vie chrétienne; mais entre tous ceux que
le monde a inventés, il n'y en a point qui soit plus à craindre
que la comédie. C'est une représentation si naturelle et si
délicate des passions, qu'elle les émeut et les fait naître dans
notre coeur, et surtout celle de l'amour; principalement
lorsqu'on le représente fort chaste
et fort honnête. Car plus il paraît innocent aux âmes
innocentes, plus elles sont capables d'en être touchées; sa
violence plaît à notre amour-propre, qui forme un désir de
causer les mêmes effets, que l'on voit si bien représentés; et
l'on se fait en même temps une conscience fondée sur l'honnêteté
des sentiments qu'on y voit, qui ôtent
la crainte des âmes pures, qui s'imaginent que ce n'est pas
blesser la pureté, d'aimer d'un amour qui leur semble si sage.
Ainsi l'on s'en va de la comédie le coeur si rempli de toutes
les beautés et de toutes les douceurs de l'amour, et l'âme et
l'esprit si persuadés de son innocence, qu'on est tout préparé à
recevoir ses premières impressions, ou plutôt à chercher
l'occasion de les faire naître dans le coeur de quelqu'un, pour
recevoir les mêmes plaisirs et les mêmes sacrifices que l'on a
vus si
bien dépeints
dans la comédie.
2) Beschuldigt Pascal volgens jou Descartes van
atheïsme? Verklaar je antwoord.
77
Je ne puis pardonner à Descartes; il aurait bien
voulu, dans toute sa philosophie, pouvoir se passer de
Dieu; mais il n'a pu s'empêcher de lui faire donner une
chiquenaude,
pour mettre le monde en mouvement; après cela, il n'a plus que
faire de Dieu.
3) De mens wil voortdurend vermaakt worden.
Waarom eigenlijk? Wat is volgens
Pascal het ergste wat hem kan overkomen? Verklaar je
antwoord. Welke paradox
vind je in pensée 143? Waarom kun je volgens Pascal de
afleiding juist als het
grootste kwaad voor de mens beschouwen? (pensée 171)
131
Ennui.
Rien n'est si insupportable à l'homme que d'être dans un plein
repos, sans passions, sans affaire,
sans divertissement, sans application. Il sent
alors son néant, son abandon, son insuffisance, sa dépendance,
son impuissance, son vide. Incontinent
il sortira du fond de son âme l'ennui, la noirceur, la
tristesse, le chagrin, le dépit, le désespoir.
143
Divertissement.
On charge les hommes, dès l'enfance, du soin de
leur bonheur, de leurs biens, de leurs amis, et encore du bien
et de l'honneur de leurs amis. On les accable
d'affaires, de l'apprentissage des langues et d'exercices, et on
leur fait entendre qu'ils ne sauraient être heureux sans que
leur santé, leur honneur, leur fortune et celle de leurs amis
soient en bon état, et qu'une seule chose qui manque les
rendrait malheureux.
Ainsi on leur donne des charges et des affaires
qui les font tracasser
dès la pointe du jour.
- Voilà, direz-vous, une étrange manière de les
rendre heureux! Que pourrait-on faire de mieux pour les rendre
malheureux? - Comment! Ce qu'on pourrait faire? Il ne faudrait
que leur ôter tous ces soins; car alors ils se verraient, ils
penseraient à ce qu'ils sont, d'où ils viennent, où ils vont; et
ainsi on ne peut trop les occuper et les détourner. Et c'est
pourquoi, après leur avoir tant préparé d'affaires, s'ils ont
quelque temps de relâche, on leur conseille de l'employer à se
divertir, à jouer, et à s'occuper toujours tout entiers.
171
Misère.
La seule chose qui nous console
de nos misères est le divertissement, et cependant c'est la plus
grande de nos misères. Car c'est cela qui nous empêche
principalement de songer
à nous, et qui nous fait perdre insensiblement. Sans cela, nous
serions dans l'ennui, et cet ennui nous pousserait à chercher un
moyen plus solide d'en sortir. Mais le divertissement nous
amuse, et nous fait arriver insensiblement à la mort.
4) De volgende pensée doet een beetje denken aan
de ideeën die Jean-Paul Sartre heeft verwerkt in zijn toneelstuk
Huis clos. Om welke ideeën gaat het?
147
Nous ne nous contentons pas de la vie que nous
avons en nous et en notre propre être: nous voulons vivre dans
l'idée des autres d'une vie imaginaire, et nous nous efforçons
pour cela de paraître.
Nous travaillons incessamment à embellir
et conserver notre être imaginaire et négligeons le véritable.
Et si nous avons ou la tranquillité, ou la générosité, ou la
fidélité, nous nous empressons de le faire savoir, afin
d'attacher ces vertus-là à notre autre être, et les
détacherions plutôt de nous pour les joindre à l'autre; nous
serions de bon coeur poltrons
pour acquérir la réputation d'être vaillants.
Grande marque du néant de notre propre être, de n'être pas
satisfait de l'un sans l'autre, et d'échanger souvent l'un pour
l'autre!
Car qui ne mourrait pour conserver son honneur,
celui-là serait infâme.
5) Het is moeilijk allerlei menselijke
eigenschappen op de korrel te nemen, zonder
jezelf buiten schot te laten. Leg uit hoe Pascal blijk
geeft van een groot
relativeringsvermogen wanneer hij praat over de ijdelheid
van de mens:
150
La vanité est si ancrée dans le coeur de l'homme,
qu'un soldat, un goujat,
un cuisinier, un crocheteur
se vante
et peut avoir ses admirateurs; et les philosophes mêmes en
veulent; et ceux qui écrivent contre veulent avoir la gloire
d'avoir bien écrit; et ceux qui le lisent veulent avoir la
gloire de l'avoir lu; et moi qui écris ceci, ai peut-être cette
envie; et peut-être que ceux qui le liront...
6) Hoe dient Pascal diegenen van repliek die een
hedonistisch (= het genot
nastrevend) leven verkiezen boven een vroom, godsdienstig
leven?
240
"J'aurais bientôt quitté les plaisirs, disent-ils,
si j'avais la foi."
- Et moi, je vous dis: "Vous auriez bientôt la foi, si vous
aviez quitté les plaisirs." Or, c'est à vous à commencer. Si je
pouvais, je vous donnerais la foi; je ne puis le faire, ni
partant
éprouver la vérité de ce que vous dites.
Mais vous pouvez bien quitter les plaisirs, et
éprouver si ce que je dis est vrai.
7) De mens lijkt nietig te zijn in vergelijking
met de overweldigende natuur, een
minuscuul stipje in het oneindige heelal. Waarom verheft de
mens zich volgens
Pascal toch ver boven de natuur? Welke conclusie moet de
mens daaruit trekken?
347
L'homme n'est qu'un roseau,
le plus faible de la nature; mais c'est un roseau pensant. Il ne
faut pas que l'univers entier s'arme pour l'écraser: une vapeur,
une goutte d'eau, suffit pour le tuer. Mais, quand l'univers
l'écraserait, l'homme serait encore plus noble que ce qui le tue,
parce qu'il sait qu'il meurt, et l'avantage que l'univers a sur
lui; l'univers n'en sait rien.
Toute notre dignité consiste donc en la
pensée. C'est de là qu'il faut nous relever et non de l'espace
et de la durée, que nous ne saurions remplir.
Travaillons donc à bien penser: voilà le principe
de la morale.
|